Cette grossesse ne sera pas comme la précédente…

Il y a un peu plus de 2 mois, Sophie prenait la plume pour la première fois sur ce blog pour partager avec vous l’expérience douloureuse de notre seconde grossesse marquée par un risque accru que notre bébé soit atteint de trisomie, c’était pour elle l’occasion de parler ouvertement d’un sujet souvent trop tabou.

Bien sûr, pour la maman c’est dur à vivre, mais bien qu’il ne porte pas le fœtus en lui, cela n’en est pas moins difficile pour le papa et ce ne sont pas que des idées roses qui se mélangent dans la tête au moment de se coucher.


Nous sommes le 25 octobre 2011, il est environ 18h lorsque nous arrivons dans la salle d’attente du gynécologue.

Nos rendez-vous étaient toujours le soir car je souhaitais y être présent, d’autant que nous avions le droit à un petit coup d’échographie à chaque fois et je ne voulais pas rater une seule image de mon futur bébé.

Il y avait encore du monde devant nous, comme toujours le doc’ avait du retard. Je ne me souviens pas vraiment de ces moments en salle d’attente, je suis trop occupé à passer ma main sur le ventre de ma femme, impatient de voir cette petite crevette que nous ne pouvons pas encore sentir bouger.

Notre tour arrive.

Je suis heureux d’entrer dans le cabinet enfin notre tour, je n’imagine pas qu’en guise de bon moment que je vais vivre un rendez-vous qui sera parmi les plus traumatisants de ma vie.

– Bonjour
– Bonjour Docteur.
– Tout va bien ?
– Oui Super !
– J’ai reçu vos analyses de contrôle, il va falloir qu’on parle de la Trisomie

Pas plus, pas moins.

Je suis certain qu’a ce moment mon cœur s’est arrêté de battre une seconde, 3 ans après ces mots résonnent encore dans ma tête comme si j’y étais 🙁

Puis il enchaîne, tentant (vainement pour ma part) de nous rassurer à grand coup de statistiques. Dans ma tête tout s’embrouille. Sa voix n’est plus qu’un brouhaha lointain. Qu’allons-nous faire ? Nous avions déjà parlé de cette éventualité, mais lorsqu’on en parle, égoïstement on pense que cela n’arrive qu’aux autres.

S’en suivent les contrôles habituels, Sophie est sur la table d’examen avec lui de l’autre côté et comme à chaque fois lorsqu’il a fini les contrôles gynécologiques et qu’il s’apprête à faire l’échographie il lance a voix douce « Vous venez avec nous Monsieur ? »

Je me lève de ma chaise, toujours abasourdi par ce qui vient de nous tomber dessus, et les rejoint. Mais à quoi bon regarder ce bébé, à quoi bon s’attacher, se faire des illusions si il s’avère qu’il y a vraiment un problème. Nous le savons tous les 2 nous ne mènerons pas cette grossesse à terme.

J’essaye de me raisonner, « et si il n’y a rien, ce qui est le plus probable, ne vais-je pas rater quelque chose ? », « Pense à ta femme, a ton grand garçon, soit fort » mais c’est trop dur, cette échographie me passe au-dessus de la tête, cette grossesse ne sera pas comme la précédente.

A partir de là, je n’ai plus du tout vécu la grossesse, je n’osais plus poser ma main sur son ventre, je ne voulais plus me projeter avec ce nouvel enfant.

Alors qu’elle commençait à le sentir bouger, je ne voulais presque plus en entendre parler, justifiant que je préférais avoir du recul, qu’elle ne pouvait pas en prendre puisqu’elle le portait, mais que dans l’hypothèse du pire cela serait plus facile si l’un des deux est « détaché ».

C’était un peu comme si je faisais le deuil de cet enfant bien vivant, j’ai vécu les pires semaines de ma vie, partagé entre souffrance et culpabilité de devoir prendre une décision telle que l’IVG, je savais que même si elle était prise, ce serait une décision très lourde de conséquences pour moi, pour nous, pour notre famille, au fond j’espérais qu’il n’y ai rien, mais le doute était plus fort.

Nous n’en avons pas vraiment reparlé après coup, je réalise aujourd’hui qu’elle a du vivre de lourds moments de solitude et que cela à dû être très dur pour elle.

Puis le verdict est tombé en cette fin décembre, juste avant Noël. Soulagement : Rien. La vie pouvait reprendre son cours normal.

Sauf qu’il n’en fut rien, Bébé bougeait désormais dans le ventre de maman, et j’avais raté tout ça, 2 mois se sont passés, sur 9 c’est énorme, je n’ai jamais pu reprendre le fil de la grossesse.

Après l’accouchement il m’a fallu un moment pour m’approprier ma place de père, je n’avais pas ressenti ça avec Noa, tout était naturel, simple, évident, avec Maël je ne ressentais même pas le besoin de le prendre contre moi, j’ai d’ailleurs passé très peu de temps à la maternité et n’en garde que peu de souvenirs alors que je me souviens de chaque détail de chaque journée que j’y ai passée pour la première grossesse.

Pour Sophie ce fût totalement différent, comme si elle avait compensé l’Amour que je n’étais pas capable de lui donner les premiers jours et je ne la remercierai jamais assez d’avoir été capable de faire ce relais sans qu’a aucun moment elle ne me le reproche, notre couple c’est un peu ça en général, lorsqu’un faillit, l’autre compense, c’est sûrement ce qui fait notre force.

De retour à la maison, les jours ont passé et heureusement chacun a repris sa place naturellement au bout de quelques semaines, mais quoi qu’il en soit je ne pourrais jamais oublier ces moments douloureux, cette épreuve terrible que je ne souhaite à personne.


Comme l’a fait Sophie dans son article, je tiens à préciser que notre position sur l’IVG n’engage que nous, je suis conscient que vous pourrez être choqués par cela et ce n’est pas l’intention, nous pouvons et avons tous le droit d’avoir une vision différente en fonction de notre vécu et de notre expérience personnelle.

  3 comments for “Cette grossesse ne sera pas comme la précédente…

  1. Mel
    15 septembre 2014 at 21 h 08 min

    C’est pas vraiment difficile mais en parler est libérateur 😉

    J’en ai longtemps discuté avec de nombreuses personnes qui élèvent des enfants atteints de divers handicaps et cela m’a surtout conforté, aussi dur soit il, dans cette décision qui était déjà prise avant même notre première grossesse si cela arrivait.

    C’est trop lourd, c’est très dur, c’est un véritable sacrifice et comme le disent malheureusement beaucoup de parents quand ils arrivent à un certain âge « que va t-il devenir après nous ? » je crois que c’est ça le pire 🙁

  2. 15 septembre 2014 at 9 h 20 min

    Pas facile d’avouer tout ça mais ça doit faire du bien f ‘ en parler 🙂 bravo et vous êtes une belle famille finalement c’est ce qui compte. Je comprends complètement ton sentiment si j’avais été dans votre cas j’ai rai pensé IVG aussi je ne me sens pas capable d’affronter toutes les difficultés que cette situation peut engendrer … à vie …

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